Affichage type blog de toutes les sections sans images

Marek Mogilewicz chante Je t'aime de Michèle Bernard - Flash

Marek Mogilewicz chante Michèle Bernard

Get Adobe Flash player

Mis à jour (Dimanche, 16 Mai 2010 12:00)

 

Marek chante Je t'aime de Michèle Bernard

Marek Mogilewicz chante Michèle Bernard

Mis à jour (Dimanche, 16 Mai 2010 10:52)

 

Marek chante Paul Éluard - Flash

Musique : Marek Mogilewicz

Texte : Paul Éluard

Mis à jour (Dimanche, 16 Mai 2010 10:43)

 

Marek chante Brel - Fils de ...

Texte et musique : Jacques Brel

Get Adobe Flash player

Mis à jour (Vendredi, 16 Mars 2012 00:11)

 

Marek en concert

Marek

Get Adobe Flash player

Mis à jour (Jeudi, 15 Mars 2012 23:36)

 

La force du destin

La salle de gymnastique

La salle de gymnastique

Il n’y a pas de système pour mesurer le degré de la douleur, de la souffrance, de l’horreur. La perte d’un proche est toujours source de chagrin. Dans la fenêtre télévisuelle du monde, dans les journaux, notre dose quotidienne d’horreur et de tragédies anesthésie petit à petit notre sensibilité originelle à la souffrance de l’autre. Mais sur mon échelle personnelle de la douleur, il y a une frontière qui est infranchissable.

Peu importe les raisons, peu importe les opinions politiques, religieuses, ou convictions personnelles – le mal que l’on inflige à un enfant reste le crime le plus abject.

Depuis la nuit des temps, les hommes ont bataillé pour dominer l’autre, pour défendre leurs intérêts, leurs terres, leur patrie. Dans les livres on appelle cela l’Histoire, dans la réalité, c’est un océan de larmes. Il y en a toujours ceux qui vont trouver des bonnes raisons pour partir à la guerre.

Même, si au bout de toutes les guerres il n’y a que les morts et les blessés, les ruines et les larmes. Ni vainqueurs, ni vaincus ne peuvent espérer d’éviter cela.

Puis les hommes se mirent à inventer les règles, les codes de guerre. Les chevaliers devaient lutter à la régulière. Avec les armes, jamais on ne frappa quelqu’un qui a le dos tourné. Toujours en face à face. À armes égales. Puis, on a bafoué les règles. On en a inventé d’autres. Henri Dunant, en voyant l’horreur de la guerre, créa la Croix Rouge. Puis ont suivi d’autres Croissants, d’autres signes.

Rien à faire. Les règles ont toutes été transgressées, violées, reniées. La guerre n’est pas codifiable. La guerre ?

À la place de conflits armés traditionnels, les hommes ont trouvé une autre forme de nuisance : les actes terroristes.

Il n’y a plus besoin de déclarer la guerre, d’entretenir des armées, de se mesurer à la force de l’ennemi. Il suffit de surprendre les gens ordinaires, dans leurs activités ordinaires, dans les lieux ordinaires et leur donner la mort, de les prendre en otages, de les forcer à faire partie du conflit, même s’ils n’en avaient pas la moindre intention d’y participer.

Non, cela ne date pas d’aujourd’hui, depuis des siècles, les peuples s’agressent de cette façon. Mais aujourd’hui c’est plus efficace, c’est plus spectaculaire. Les médias sont là, pour donner un écho escompté par ces individus abjects, juste le temps du spectacle, du spectaculaire. Puis tout tombe dans l’oubli, dans le néant de notre mémoire collective.

Reste la douleur, reste les larmes, reste les tombes et notre indifférence.

Il y a exactement cinq ans de cela, le premier septembre de l’an deux mille quatre, j’ai regardé le merveilleux Léman. Le soleil brillait. Les reflets de cette magnifique lumière sur l’eau invitaient le regard à se glisser vers le lointain. Dans la tête trottait toujours ce poème de Mickiewicz, “L’eau profonde et limpide…”. Il l’a écrit peut-être en regardant le même paysage durant son exile en Suisse.

Puis la radio donne les nouvelles. Une information presque incroyable. Quelque part, dans le Caucase, les terroristes ont pris en otage les enfants d’une école. On parle de quelques dizaines de personnes, puis de quelque 300 personnes, puis encore plus.

Les informations sont confuses. J’allume la télévision. Arrivent les premières images d’une école en briques rouges. Les femmes qui pleurent. Les soldats.

Je dois me rendre à l’école. Nous devons choisir avec mes étudiants le thème de notre projet de dernière année d’apprentissage. C’est toujours l’occasion de connaître leurs préoccupations, leurs envies, leurs façons de percevoir le monde.

Je demande, “Quels événements vous ont particulièrement interpellés récemment ?”

J’avoue que la question était un peu “dirigée”.

Plusieurs sujets sont évoqués, le thème de solidarité apparaît clairement. Solidarité avec ceux qui souffrent, avec les chômeurs, avec les personnes démunies. Puis quelqu’un lance : je crois qu’il se passe quelque chose en Russie, dans une école.

Je demande que nous fassions des recherches sur l’Internet pour savoir un peu plus. Nous cherchons les informations et elles paraissent de plus en plus effroyables.

Nous nous quittons sans prendre de décision, mais il y a déjà quelque chose dans l’air qui me dit que nous n’allons pas rester indifférents à cet événement.

Après le travail je me précipite chez moi. J’écoute toutes les radios dont je connais la langue. Je regarde la télévision, je cherche sur Internet.

Les informations deviennent de plus en plus graves. Il est maintenant sûr qu’il s’agit d’une prise d’otages, dont la majeure partie est composée d’enfants.

Je cherche sur la carte où se trouve cette localité, jusqu’à présent très peu connue dans le monde.

La nuit passe. J’ai très peu dormi. Le lendemain, les heures sont longues. Les informations toujours confuses, mais de plus en plus dramatiques. Ma nuit ressemble à la précédente.

La soif était insupportable

La soif était insupportable

Il me difficile aujourd’hui de parler de ces heures-là. D’évoquer mon inquiétude, ma révolte et mes angoisses. Quelques semaines plus tard, j’ai entendu ceux qui étaient dans l’enfer de la salle de gymnastique de l’École numéro 1. Mes propres états d’âme m’ont paru si insignifiants, face aux récits des enfants de Beslan.

Puis vint le troisième jour. Le jour de l’horreur le plus absolu, le jour des morts, mais aussi le jour de la délivrance.

Cette fois le Monde s’est indigné. Les récits des explosions, des tirs, de morts et des blessés, des soldats courant avec les enfants dénudés et couverts de sang ont bouleversé l’opinion publique de nombreux pays.

Les ruines de l’école. Les larmes de mères. Les mères de Beslan.

Je savais que je ne pourrais plus vivre comme avant, je savais que je devais faire quelque chose pour ces innocents enfants qui ont payé leur lourd tribut à l’Histoire.

Quelques jours plus tard, une nouvelle rencontre avec mes étudiants a donné le départ à un projet qui a changé totalement ma vie.

Le cimetière

Le cimetière

Aujourd’hui, je peux dire sans hésitation que les enfants de Beslan m’ont apporté une incroyable force. Nous leur devons tous un moment d’attention en ce jour du tragique anniversaire.

Un exemple ?

Je vous le donne, tel quel. Prenez-le avec vous. Quand le besoin va se faire sentir, quand dans votre vie vous traverserez un moment difficile, sortez-le d’un petit coin de votre mémoire. Il a un pouvoir infini.

Dans le travail avec les survivants de ces trois jours de l’horreur, notre psychologue, Larisa Dzebisova a beaucoup utilisé la thérapie par art. Le dessin a été la forme de communication privilégiée des petits êtres traumatisés par les trois jours passés sous les bombes et le dénouement meurtrier qui a suivi. Beaucoup ont souffert d’aphasie. Il en résulte une rupture dans la vie familiale et sociale. L’enfant se renferme dans un état ressemblant à l’autisme et ses capacités de retour vers une vie normale diminuent.

Grâce à une méthode bien précise que Larisa a pratiquée avec la professeure Viera Brofman, les enfants petit à petit ont exprimé leurs angoisses, mais aussi leurs espoirs et désirs.

Le premier dessin devait représenter une fenêtre derrière laquelle l’enfant voyait le monde.

Une fille du groupe, nous la nommerons Sanieta, a peint les fleurs, les papillons, l’herbe. Une image étonnement paisible et d’une esthétique parfaite. Puis elle demande : puis-je peindre avec mes doigts ? Larisa accepte. Sanieta trempe ses doigts dans la peinture, mélange les couleurs et couvre son dessin d’une espèce de boue d’une couleur indéterminée. Le beau travail patiemment élaboré devient une tâche sans forme. Tout est couvert par la boue et la saleté.

Sanieta regarde un moment son dessin, puis avec ses coudes, elle commence à effacer la peinture fraîche. Dessous commencent à réapparaître les fleurs, les papillons et les herbes du dessin original.

Certes, il reste encore les zones de saleté, mais les couleurs originelles font leur apparition.

À l’évocation de cette scène, encore aujourd’hui, près de cinq ans plus tard, nos poils se dressent encore. Signe irréfutable de la force émotionnelle, hors du commun, émanant de cette fillette d’onze ans à l’époque.

Cette force-là me conduit aujourd’hui au travers de toutes les difficultés de la vie.

Marek Mogilewicz

Sainte-Croix, le 1 septembre 2009

http://www.mmci.ch/projet_beslan

Beslan 2004 - le dessin des enfants sur le mur de l'école

Beslan 2004 - le dessin des enfants sur le mur de l'école

Mis à jour (Lundi, 17 Mai 2010 08:48)

 
Plus d'articles...